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"L'oubli" de Christian Hendrickx

... ou bien d'un diaporama Ă©tranger !

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"L’oubli" de Christian Hendrickx

commentairede Michèle Paret » 17 Fév 2008, 23:43

L'analyse de Michèle Paret:

Comment ne pas être profondément ému après avoir vu « L’oubli » ? C’est sûrement impossible. Voilà un diaporama qui aborde avec la plus grande pudeur et la plus grande délicatesse cette maladie tragique qui peut un jour nous atteindre : Alzheimer. Elle n’est pas nommée, mais on sent les ravages qu’elle accomplit peu à peu dans l’esprit de celui dont Christian Hendrickx cite le prénom au début : « Jean-Baptiste », puisqu’il lui dédie cette œuvre de grand talent. A aucun moment ensuite, le prénom ne réapparaît, mais on entend les paroles poignantes d’un fils qui s’adresse à « Papa ». Ce petit nom d’amour revient sans arrêt comme un leitmotiv et il ponctue le texte de ses accents tendres et tristes. Même ces deux petites syllabes semblent ne plus avoir de sens pour le père dont l’esprit ne réagit plus. Toute une vie qui sombre dans l’oubli, mais restera un merveilleux souvenir pour sa famille.
J’ai ressenti ce diaporama comme une expérience vécue, tant les mots sont émouvants dans leur simplicité et le ton du récitant, en parfaite adéquation avec le texte, ajoute du pathétique à l’ensemble.
Le choix des images en noir et blanc s’imposait, il ajoute une note encore plus sombre à cette chute inexorable dans le néant. L’auteur a choisi des statues de pierre pour illustrer ses propos, c’est pour moi le symbole du mur auquel le père et le fils se heurtent sans pouvoir le faire s’écrouler.
Le montage se compose de trois parties : la perte progressive des capacités intellectuelles du vieil homme, la révélation de la maladie (dont le nom n’est pas cité mais que l’on devine), et ensuite un flash-back sur ce que le père a pu réaliser de beau, cette perpétuelle évocation de la musique, du violon aux accents déchirants.
Le moment le plus dramatique de ce diaporama, c’est celui où le diagnostic médical tombe. Il y a une progression dans les mots des médecins : on passe de la simple confusion mentale à la démence sénile pour arriver à la conclusion irrémédiable. A ce moment-là, il y a aussi une montée en puissance du violon, il devient de plus en plus grinçant et déchirant. Pendant tout ce passage défilent à l’écran des troncs, des branches d’arbres morts, symbolisant les neurones en train de mourir. C’est extraordinaire. La mort n’est pas nommée, elle non plus, par son nom : « tu as pris congé de ce monde… »
J’ai du mal à définir exactement les impressions que j’ai pu ressentir en voyant ce diaporama. Sans doute l’angoisse de vivre un jour de tels moments de désarroi et d’impuissance devant une maladie sans issue.
Le diaporama se termine par des paroles quelque peu optimistes : « Elle est chouette ta musique, Papa ! »



Michèle Paret
 

Re: « L’oubli » de Christian Hendrickx

commentairede Raymond Raynier » 18 Fév 2008, 09:59

Bravo Christian, bravo Michelle. Bien vu, c'est du très grand Christian et que d'émotion... Merci.
Raymond Raynier
 

Re: « L’oubli » de Christian Hendrickx

commentairede Alain86 » 19 Fév 2008, 14:41

J'ai découvert ce diaporama hier. Je dois dire que j'en suis resté hému plusieurs minutes. pour moi tou y est les images, la musique et ... le texte. Il s'agit pour moi d'un diaporama très abouti.
Bravo Ă  son auteur.
Alain86
 

Re: « L’oubli » de Christian Hendrickx

commentairede j-pierre » 20 Fév 2008, 09:28

d'accord avec tout ce que vous dites ; pour apporter un bémol...je connais la facilité d'aller chercher nos images dans les cimetières , il ne faudrait pas trop en abuser même si le sujet peut s'y prêter...
j-pierre
 

Re: « L’oubli » de Christian Hendrickx

commentairede Christian Hendrickx » 20 Fév 2008, 13:46

Mon deuxième diaporama en N/B… Avril 2001, le lendemain du mariage de ma fille, mon père décède. Depuis plusieurs années, il souffre de la maladie d’Alzheimer. Pendant de longues années j’assiste impuissant à la dégradation de son cerveau et de son corps. Semaine après semaine, je vais le voir, mais lui ne me reconnaît plus et m’appelle « Monsieur », lui qui avait l’art de me donner plein de surnoms, sans doute pour marquer son affection, j’étais son seul fils….
Cette « absence » me fait souffrir et m’incite à mettre sur papier ce que je ressent. L’idée d’un diaporama n’est bien sur pas d’actualité. Le jour des funérailles, je lis à l’assemblé devant sa dépouille une lettre que j’aurais voulu lui dire de son vivant, le genre d’écrits qui vous sortent du cœur quand celui-ci est malade et saigne… Quelque temps après, me vient l’idée de faire un diaporama sur cette maladie que j’ai longtemps côtoyée, et je me souvient du texte que j’ai lu à l’église. Je me souviens aussi des écrits que j’ai fait pendant sa longue maladie et je me mets au travail. Mon père dans ma jeunesse jouait du violon et parfois certains soirs, il prenait son instrument pour me jouer quelques beaux morceaux suivi d’anecdotes, vraies ou fausses, cela n’avait pas d’importance ni à mes yeux, ni à mes oreilles, j’étais subjugué par la beauté de la musique.
Une amie douée dans l’écriture m’aidera à trier les phrases et en faire une syntaxe correcte et très vite le texte définitif se dessine.
Tout de suite mon choix est fait pour l’interprétation du texte ; ce sera Hakim Louk’Man, vous vous rappeler, la voix du prisonnier dans « La bête immonde ». Je lui envoie le texte et d’emblée séduit par le sujet, il donne son accord pour l’enregistrement de celui-ci, que nous ferons le 26 mars 2002.
La voix correspond très bien à ce que je voulais donner comme ambiance, restait à faire la bande-son.
Ecoutant des dizaines de fois l’enregistrement du texte, je fais des essais avec non moins de plages musicales, mais rien ne me séduit et pendant un certains temps le texte et la voix restent dans l’ordinateur. Entre-temps je décide de commencer les prises de vues. Dans un village voisin, par un concours de circonstances, je rencontre un monsieur d’un certain âge jouant du violon à l’académie de musique, je lui demande (en mentant un peu) s’il veut poser avec son violon pour moi, que je prépare une expo sur les musiciens. Reste à trouver l’endroit. Il me propose la classe d’étude de l’académie, mais je la trouve beaucoup trop moderne pour le sujet. Finalement c’est dans ma cuisine que nous atterrissons je lui demande de jouer et là je tire un film N/B Scala 200. Vous l’avez compris le montage sera en n/b. Au développement, je trouve quand même quelques dias qui me conviennent. Heureux du résultat, je réfléchis comment illustrer ce texte sans choquer, sans montrer la maladie, avec toute la pudeur nécessaire, c’est quand même mon père… Un ami photographe me parle d’un lieu plus ou moins abandonné dans la périphérie de Bruxelles, c’est un vieux cimetière envahi par les lierres et autres plantes sauvage. C’est vrai que c’est un endroit spécial. Ce qui m'a frappé c’est le jeu de lumière sur les tombes renversées et en mauvais état, aussi ce calme et cette sérénité, l’ambiance est plutôt celle d’un jardin abandonné. J’y retournerais souvent, parfois pour plusieurs heures, je vais chaque fois de découverte en découverte. Les images avancent, par contre je coince sur la bande-son…
Un jour de chance (et oui il y en a parfois) en me promenant à la Fnac, je trouve sur un rayon, une pile de cds qui viennent apparemment de rentrer et je découvre, que c’est la B.O du film « the Red violin » je l’écoute et tout de suite dans mon esprit je l’associe à la voix de Hakim et du texte. J’ai enfin trouvé ma musique…Comme d’habitude c’est sur CoolEditPro que je commence à travailler cette nouvelle bande, mais encore une fois je coince, il me manque une musique plus vivante, et me voilà parti à la recherche de cette musique qui devrait se raccorder avec la voix et surtout avec les extraits de la B.O du film. C’est finalement J.S.Bach qui me sauvera avec « la partita n°2 en D mineur » extrait Allemande. La bande-son terminée, je peux me consacrer entièrement aux images. Pour illustrer les troubles du cerveau, je vais photographier à F2.8 une des nombreuses partitions que je détiens, de façon à obtenir une très faible profondeur de champs, l’essai est concluant…Mais il me manque encore des symboles, surtout pour la partie du texte. Un dimanche de ballade dans ma campagne, je découvre un petit étang de pêche. Nous sommes en automne et ce qui me surprend s’est le reflets des branches d’arbres dans l’eau, j’ai trouvé « mon cerveau », mais il y a encore trop de feuilles sur les branches. Finalement c’est en hiver que je ferai les prises de vue, de ce qui représentera le cerveau malade. J’ai de la chance pour accentuer les troubles de la mémoire, rien de mieux que du brouillard, que je finis par trouver en face de cet étang, un autre matin d’hiver.
Le montage avance, mais il me manque encore des images, des symboles… Je continue à visiter les cimetières…Un ami, qui connaît mon projet, me parle d’un cimetière au nord de Bruxelles, celui de Laeken, ou parait-il de nombreuse stèles funéraires sont surmontées de belles statues, je m’y suis rendu plusieurs fois, pour découvrir chaque fois d’autres statues, en jouant au chat et à la souris pour photographier, car en Belgique il faut une autorisation administrative pour faire des prises de vues dans un cimetière, mais le jeu en valait la chandelle….
Les gouttes de pluie, pris sur la porte en verre de la véranda, serviront à accentuer, le sentiment de chagrin face à cette dégradation de l’âme et de l’esprit.
Après avoir réuni toutes les images, et fait le tri nécessaire, je garderai 63 photos. Le montage sera travaillé pour quatre projecteurs, et terminé pour le gala du club en 2004. C’est en 2006, que je le numériserai. Ainsi ce termine ce montage dédié à mon père Jean-Baptiste.

Fiche technique : Texte : de l’auteur
Voix : Hakim Louk’Man
Musiques : John Corigliano et JS. Bach
Synchronisation ; Bässgen quatrix II – 4 projecteurs
Année de réalisation : 2004
Christian Hendrickx
 

Re: « L’oubli » de Christian Hendrickx

commentairede Piterne » 23 Fév 2008, 10:51

Merci Christian pour cette oeuvre que je ne peux commenter, tant elle est respectable en l'Ă©tat. Point final.

Par ailleurs, je voudrais souligner la qualité de la démarche.
Un thème qui devient une obstination.
Une idée de base, puis des échanges : ne pas garder son objectif caché et l'appauvrir.
Des rencontres et des hasards : laisser venir les choses.
Mais garder son thème et le marier avec tout et son contraire.
Garder son thème sans le détourner au gré des incertitudes.
Garder son thème et sentir une union naître, une communication surgir.
N'écouter alors que son coeur, son âme, ses tripes.
Mixer l'idée, les images, les mots, les sons.

Je crois y parvenir parfois, mais seulement avec la plume et le papier.
Puisse un jour, comme toi Christian, y parvenir en ajoutant les photos et les musiques.
Merci Christian pour cette oeuvre, si différente des montages de voyage aux pauvres thèmes.
Piterne
 

Re: "L’oubli" de Christian Hendrickx

commentairede ELIOT » 08 Mai 2009, 10:44

Bravo pour ce petit chef d oeuvre,que de delicatesse dans l Ă©voquation de cette terrible maladie.Bravo pour le choix et la justesse de la musique,pour les images si parlantes en noir et blanc. Moment d Ă©motion..merci
ELIOT
 


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